Rosaura

Rosaora 2


 

chorégraphie, , mise en scène et interprétation : Roser Montlló Guberna et Brigitte Seth
assistant : Bruno Joliet
texte : Rosaura et Angustias
musiques : Toc de la processo (traditionnel), Angela Mia, El Sembrador
costumes et accessoires : Thierry Guénin et Kite Vollard
maquillages : Maud Baron
conseil lumières : Yannick Fouassier

Au commencement, il y a un tableau : Rosaura dort auprès de sa sœur qui veille (qui nous observe?). Ces figures se mettent en mouvement, le cadre disparaît…
Sortant du sommeil, ouvrant les yeux, Rosaura dit non.
Non à son nom.
Non à sa famille.
Non à ses racines.
Non à sa langue.
Non à l'évidence.
Non à ce qu'on dit
qu'on croit qu'elle est
et qu'on veut qu'elle soit.
Non.

Par trois fois, Rosaura se réveille, détruisant ainsi, par trois fois, la composition, créant ainsi, par trois fois, un tableau mouvant.

Rosaura et Angustias sont des allégories. Il ne s’agit pas de personnages de théâtre animés par une psychologie, mais de rôles-fonctions. Elles portent chacune un sens qui se nourrit de leur confrontation.
Rosaura et Angustias sont sœurs, d’après ce qu’affirme Angustias, ce qui leur donne comme point commun d’avoir à vivre avec la famille, pour la refuser ou pour l’accepter, mais butant inexorablement sur son organisation, son idiome, ses silences, ses codes, ses légendes, ses lois, ses interdits. La famille devient alors, peut-être, la miniature d’autres mondes : le passé, l’avenir, la politique, la guerre, l’amour…

Rosaura est la révolte. Angustias est la certitude.
Rosaura est étrangère partout, Angustias seulement quelque part.
Rosaura ne connaît plus ses origines. Angustias a des ancêtres.
Rosaura est nue. Angustias est habillée.
Rosaura ne sait pas. Angustias sait.
Rosaura ne connaît plus sa famille. Angustias sait que Rosaura est sa sœur.
Rosaura ouvre les yeux, Angustias ne les ferme pas.
Rosaura doute de vivre un rêve. Angustias ne doute pas de la réalité.
Rosaura ne connaît plus son nom. Angustias porte bien le sien.

Amnésie, langages perturbés, mystérieux peuvent se lire comme une infinité de signes. Ces failles sont autant de sources qui nourrissent la danse, l’écriture, l’interprétation.

Le corps dit non.
Ce non-là n’est pas celui du renoncement, au contraire, c’est celui de la fureur et de la résistance.
Ce non est une énergie, incoercible, folle qui, pour s’exprimer, aurait besoin de territoires adaptés à des courses, à des sauts, à des envolées. Mais Rosaura n’a pas la place. Cette danse est construite à partir de hoquets et d’élans retenus. La chorégraphie naît donc à partir d’un espace réduit, trop petit, serré, qui enferme.
Parallèlement à la composition chorégraphique, nous écrivons des textes mêlant français, castillan et catalan, qui racontent aussi la folie, une rébellion contre un certain ordre.

 

production : Pôle Sud – Strasbourg dans le cadre d'une résidence / Centre chorégraphique national d'Orléans dans le cadre d'un accueil-studio / Compagnie Toujours après minuit. Ce spectacle a bénéficié de l'aide au projet de la DRAC Ile-de-France / Ministère de la Culture et de la Communication.
Remerciements au Théâtre de la Cité Internationale à Paris, au Théâtre Paul Eluard à Bezons, à Zingaro et à Brigitte Marty.