Récitatifs toxiques

Récitatifs Toxiques 2

Le Monde
12 janvier 2007

Somptueuse hystérie assassine

C’est leur première fois au théâtre des Abbesses à Paris, Mardi 9 janvier, les chorégraphes Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna ont le teint pâle. Avec Récitatifs toxiques, celles qui ne veulent pas choisir entre le texte et le geste, le français et l’espagnol ont imposé leur langue hybride qui tord le cou aux conventions spectaculaires. Un joli coup, dix ans après la création de leur compagnie nommée Toujours après minuit.
Rien de plus curieux que les somptueux désaccords qui jaillissent sur scène dès que Seth-Montllo y posent l’escarpin. Voix éraillées, gestuelle fragmentée, corps en morceaux posés sur les marchent du tribunal qui sert de décor, Récitatifs toxiques, accompagné par l’ensemble baroque Quam Dilecta, brandit ses irrégularités et ses ruptures de registres entre coup de mou et hystérie assassine.
Le sujet choisi exacerbe le penchant de Seth-Montllo pour les dérapages gestuels et les courts-circuits mentaux. Comment traduire le passage à l’acte meurtrier sinon en tirant sur les cordes de l’inconscient ? S’appuyant sur Crimes exemplaires de l’écrivain Max Aub (1903-1972) , suite de confessions sèches, Seth et Montllo Guberna, avec Jean-Baptiste Veyret-Logerias, démontent l’engrenage qui ratatine un coiffeur normal en monstre sanguinaire !
Récitatifs toxiques est la troisième partie d’une trilogie consacrée à Max Aub que Seth-Montllo tournent pendant le mois de janvier. Chaque pièce constitue une extension du thème. Le noyau dur est le duo conférence Epilogos. Le spectacle Je te tue, tu me tues, le premier de nous tous qui rira… en propose une version funèbre pleine de fulgurances. Au total, trois anomalies tragi-comiques pour un acte irrésolu.

Rosita Boisseau