Revue et corrigée

Revue et corrigée

Le Monde
Jeudi 27 Mai 2004

Danse – Cette deuxième édition mise sur la liberté des corps et des codes

Les tableaux détonants du festival Décadrage de Reims

Reims
de notre envoyé spécial

Il suffit de trois fois rien pour s’accorder en profondeur avec un spectacle. Dès le premier tableau de Revue et corrigée, chorégraphié par Brigitte Seth et Roser Montllo-Guberna, on est happé dans une spirale aussi douce qu’inexorable qui transporte dans un monde enchanteur et fantomatique où l’on rêve de s’attarder. Sa sobriété, alliée à sa capacité immédiate d’ouvrir l’imaginaire, en fait l’espace détonnant d’un partage entre les danseur et le public : partage d’un naufrage dont nous serions tous les survivants, d’un rituel crépusculaire où les paillettes des vêtements sont les ultimes lueurs pour éclairer la nuit.
Dans un music-hall déserté, dont il ne reste qu’une guirlande de danseurs progressant avec la lenteur de revenants, Brigitte Seth et Roser Montllo-Guberna font surgir un show disparate, hommage à la magie du spectacle. Créée au mois de janvier au théâtre Pôle Sud de Strasbourg, cette Revue intègre on ne peut mieux l’affiche du festival Décadrage de Reims. Pilotée par le Manège, la scène nationale dirigée par la chorégraphe Stéphanie Aubin, cette manifestation décolle les étiquettes et élargit les intervalles pour ne surtout pas remplir les cadres comme on s’y attend. « Cette deuxième édition se veut un manifeste des corps et des codes en liberté », résume Stéphanie Aubin.

Un jeu subtil

Sur ce chapitre, Revue et corrigée, sous-titrée Es menschelt : ça sent l’humain, n’a rien à apprendre. Cette grâce rare du divertissement affleure à travers l’évocation de la difformité corporelle et de la mort, qu’un jeu subtil de masques et travestissements magnifie. Entre clavecin et castagnettes, le double visage du spectacle,drôle et funèbre, se révèle dans les entrelacs de faux ratés et vraies maladresses qui font de la Revue une sorte de bûcher aux vanités et le meilleur antidote contre l’esprit de sérieux.

Rosita Boisseau