Pôle Sud – Théâtre de Strasbourg
Saison 2003/2004
Parution le 10/01/04
Reflets DNA
Scènes – Strasbourg
Le tout-va-bien et le rien-ne-va-plus sont les deux belles mamelles où t^te à tue-tête « Revue et corrigée », anti-spectacle imaginé par Brigitte Seth et Roser Montllo-Guberna. A Pôle Sud.
Le titre Revue et corrigée le revendique d’emblée, du spectacle que la compagnie Toujours après minuit, toujours animée par Brigitte Seth et Rosa Montllo-Guerna, toc-toc tandem et coquin de duo toujours en résidence à Strasbourg, s’apprête à présenter sur les planches du Pôle Sud : leur toute nouvelle création s’attaque, histoire de lui infliger une correction bien méritée, à l’esthétique toute en toc des revues de music-hall genre Lido, Bobino, Splendid, Michou & Co.
Drôle de correction en vérité ! Et le coup porté est du tonnerre ! Hommage aux origines alsaciennes des Marx Brothers, avec pannes en pagaille, gags à gogo, panique à chaque tableau, déconstruction de toutes les règles qui font que d’ordinaire la sauce du show en effet prend. Chicon Harpo, Groucho, Gummo et Zeppo ne sont pas loin.
Ils éclatent de rire en coulisses, ravis de voir l’anti-spectacle que signent ici Brigitte Seth – alias Colette Turbigo -, Roser Montllo-Guberna – alias Pinito del Oro – et leurs extraordinaires partenaires : Elisabeth Geiger et son baroque clavecin, Géraldine Keller et sa voix de soprane, Fabrizio Pazzaglia et son grand numéro de nabot, Corinne Barbara en son côté Coco charnel, l’arachnéen Pierre Boileau, recruté sur place. Bruno Joliet et Jean-Baptiste Veyret-Logerias, deux permanents de la Compagnie qui jouent cette fois-ci les régisseurs sans peur ni moindre fil conducteur.
Comme son alsacien sous-titre –S’menschelt – nous autorise à le supputer, c’est bien parce que « ça sent l’humain » que cette revue toquée s’avère si divine. Divine comédie ! Vache de revue en vérité ! Paillettes, froufrous, flonflons, fanfreluches, boas, talons hauts, gibus, queue de pie, chapeaux dingos, toupet à plumes, esquisses d’escaliers, faux miroirs et autres accessoires dérisoires : tout ce qui fait le chic et le youp-la-boum, le kitch et le crazy, le canaille et le cancan de ce type de revue là est là, dans le désordre le plus total.
On glousse, on pouffe, mais on comprend rapidement qu’au-delà du miroir à facettes multiples que nous tend cette caricaturale Revue et corrigée, au-delà du clinquant maximum de ce show, il y a bien chez ses auteurs une volonté politique et esthétique d’interroger la mécanique abrutissante du tout-va-bien, et les ressorts tragi-comiques du rien-ne-va-plus, dans le champ de la surproduction de nos divertissements de consommation courante.
Georges Cazenove