L'Entrevue

L'Entevue 2

Danser
N° 208 mars 2002

C’est un univers tout à fait imaginaire, presque abstrait, désigné par quelques « signes » : cubes rouges, lumière crue, espace nu. Tout comme dans les films de Jaques Tati, la vacuité apparente caractérise soudain, par la force des gestes et des attitudes, les travers d’une époque et de personnages emblématiques. Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna sont très proches de l’humour à blanc du cinéaste et ont le don de faire voir par des détours plutôt clownesques une réalité qui peut basculer du rire aux larmes. « L’Entrevue » part d’une question toute simple : « Comment ça va ? » pour dévoyer la banalité du propos qui devient un vrai problème tant la question est disséquée, puis déployée sans cesse par nos deux femmes-orchestre. Pendant ce temps, deux trublions d’un tête-à-tête qui vire parfois au sado-masochisme, viennent perturber la belle ordonnance d’une mise en scène rigoureuse. L’une est une chanteuse merveilleuse, l’autre une comique inénarrable qui ressasse « Carmen » mezzo-voce. Les gags et les quiproquos s’enchaînent sans trêve. Danse ou théâtre ? Peu importe, en voilà deux qui savent allier le geste à la parole pour le plus grand plaisir des spectateurs.

A. Izrine